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Ouverture de la chasse : Entre tradition et évolution


Troisième loisir français après le foot et la pêche, la chasse rassemble environ 1,140 million de personnes sur l’ensemble du territoire. Ce dimanche, avait lieu dans l’Ain, comme dans la majeure moitié sud de la France, l’ouverture générale de la saison 2019 – 2020. Évolution de la pratique, spécificités du département, image de la chasse… À 55 ans, Laurent Gigout, directeur de la Fédération départementale des chasseurs de l’Ain, et écologue de formation, a un avis tranché sur la chasse d’aujourd’hui, laissant toujours sa porte grande ouverte aux chasseurs et aux non-chasseurs en quête de réponses.

«La chasse de demain sera scientifique

et technique ou ne sera pas !»



Quels sont les rôles d’une Fédération départementale ?



Nous sommes une association loi 1901 avec des missions de service public, placée sous l’autorité des Ministères de l’Agriculture et de l’Environnement et donc, au niveau du département, de Monsieur le Préfet. Le Code de l’environnement liste toutes nos missions comme par exemple, l’indemnisation à 100 % des dégâts des sangliers, la formation et l’examen du permis de chasser, la gestion des espèces chassables, la protection des habitats naturels, la défense des intérêts des chasseurs, ou encore la réalisation du schéma départemental de gestion cynégétique qui est le document cadre de l’exercice de la chasse dans le département, valable 6 ans.



Existe-t-il des particularités départementales ?



Oui, par exemple, dans ce schéma départemental, il y a 2 jours hebdomadaires de non-chasse, les mardis et vendredis. C’est un choix des chasseurs de l’Ain, ce n’est pas imposé par la loi. Il y a des départements, comme la Saône-et-Loire où la chasse se pratique 7 jours sur 7.  À mon avis, la notion de repos de la nature est très présente. Des territoires trop chassés perdent gibier et intérêt. Je pense notamment aux étangs de la Dombes, s’ils sont trop chassés, plus un canard n’y pose ses plumes, les Dombistes le savent, il y a une logique de rotation sur les étangs. Dans le Revermont, il y a des sociétés, qui, volontairement, en plus des deux jours de non-chasse, interdisent la chasse le mercredi pour les autres utilisateurs de la nature.



Vous comprenez les récentes polémiques sur la dangerosité de la chasse ?



Si l’on parle du vététiste tué l’an dernier, c’est un tir direct sans indentification de la cible, c’est un scandale et une honte, je suis clair là-dessus. Depuis 1999, il existe un observatoire qui répertorie tous les accidents de chasse mortels ou non. L’année de sa création, il y a eu 39 morts, l’année dernière, ils étaient 7, soit 6 chasseurs et ce vététiste. C’est 7 de trop.



Il y a 1 141 000 chasseurs en France, ils tirent plus de balles, 800 000 sangliers sont tués... Donc la dangerosité a augmenté et pourtant il y a moins de morts, ça veut dire que l’on a su progresser en termes de sécurité, notamment lors de l’examen du permis de chasser et au sein de la formation continue. Parmi les 7 décès, 6 pouvaient être, à mon avis, évités facilement, et c’est cela qui est gravissime ! Se déplacer avec une arme non déchargée et tirer sur le voisin ou soi-même, ce sont des actes qui, en tant que directeur de fédération me rendent fou ! Les risques de ricochets, l’organisation du territoire, des battues, quel comportement avoir avec les non-chasseurs… La loi Chasse a récemment imposé une formation tous les 10 ans sur la sécurité. J’y suis très favorable et 3500 des 13 000 chasseurs du département ont déjà eu cette journée de formation. Un panneau « attention chasse en cours » à l’entrée de la forêt ne suffit pas, ce qui est important, c’est qu’il y ait une vision commune du territoire partagé.



«Ce n’est pas pour tenter sa chance, c’est pour tuer»



Et sur le bien-être animal ?



La relation au monde animal a changé. Dans le code civil déjà, l’animal qui était un meuble est devenu animal sensible, et là, la chasse est montrée du doigt. Trois dossiers sont devant nous. D’abord, la chasse de demain sera scientifique et technique ou ne sera pas, c’est une évidence, pour une gestion responsable. Le deuxième axe, c’est l’exigence de la société à ce que l’on prouve que l’on ne porte pas atteinte au maintien de la biodiversité, et je pense que c’est légitime. Et enfin, la société va exiger que l’on tue propre, ce qui implique que les chasseurs soient plus performants. Je le répète sans cesse aux chasseurs : quand on appuie sur la détente, ce n’est pas pour tenter sa chance, c’est pour tuer. Pour mieux analyser la faisabilité et l’efficacité du tir, il faut s’entrainer et on ne le fait pas assez. Certains sont doués naturellement, d’autres le sont moins. On ne va pas aux J.O. sans s’entrainer ! Des outils sont en train d’apparaitre comme les simulateurs de tir pour faire monter en compétence nos chasseurs, ce sont des solutions pour l’avenir. Il existe aussi à Vonnas un centre de tir à balle réelle pour les chasseurs nommé « Dans l’1000 ».



Que chasse-t-on principalement dans le département ?



Nous avons à peu près tous les gibiers français, très peu de lapins à cause de la myxomatose et de la VHD, le lièvre se chasse traditionnellement bien, comme la perdrix, le faisan, les migrateurs comme la grive et le merle… Il y a aussi les pigeons ramiers qui prennent de plus en plus d’importance dans les tableaux de chasse du département, la bécasse, les oiseaux d’eau sur les étangs comme ceux de la Dombes mais aussi sur les rivières puisque la Veyle, la Reyssouze ou la Chalaronne accueillent des canards, et on y fait de beaux tableaux.



Pour le grand gibier, il y a le chevreuil, - 3 000 sont prélevés par an dans l’Ain, contre 6000 il y a 30 ans -. Le sanglier est désormais présent partout sur le département, colonisant les derniers endroits où il n’était pas comme la Bresse. On en a prélevé 6 800 l’an passé. Le chamois, comme le cerf, historiquement très présents dans le pays de Gex, développent de nouveaux territoires et sont sur tout l’est du département désormais.



En termes cynégétiques, le département est découpé en 12 territoires qui sont des entités écologiques particulières et où la pratique de la chasse est différente.



Pensez-vous que la chasse se féminise ?



Bien sûr ! Les femmes représentent 10 % des candidats à l’examen du permis de chasser, ça va continuer en ce sens et c’est une très bonne chose ! Certains moins malins vont se retenir avec la présence d’une femme. Elles sont également porteuses d’autres valeurs. Selon le questionnaire sur les motivations à passer le permis, les réponses féminines sont l’intégration sociale, la relation avec les chiens, le partage de moments avec leur conjoint et, en dernier, pour quitter les tâches ménagères. Je suis ravi que les femmes s’approprient cet univers. Il existe même, dans certains départements, des associations de chasseresses, chez nous, c’est encore peu actif à ce jour.


Anne-Lise, nouvelle et seule chasseresse de Peyriat

Après avoir obtenu son permis de chasse en mars dernier, Anne-Lise, effectuait, dimanche dernier, sa première ouverture de la saison en tant que chasseresse, tiraillée entre peur et excitation. Rencontre. 



À la société de chasse de Peyriat, elle est la seule femme à être chasseresse. À 36 ans, Anne-Lise a décidé de passer son permis de chasse en mars dernier. Et ses premières motivations se nomment Peppa, beagle-harrier de son état, Loki et Norman, setters anglais friands d’arrêts et de petits gibiers, et enfin Malou, anglo aimant débusquer du sanglier. Les quatre, fidèles compagnons de chasse comme de canapé, verront désormais Monsieur et Madame s’armer lors des prochaines sorties. « Mon conjoint a eu 40 ans en mars dernier, je me suis dit que ce serait une belle surprise que je passe le permis », sourit-elle.



L’envie de justifier sa présence lors des manifestations de la société de chasse pour laquelle elle était déjà secrétaire a fait le reste. « J’ai essuyé quelques remarques sur ma présence pour mener les chiens. Il y a peu de chasseresses parce c’est un sport assez macho. Par contre, les femmes y sont très respectées dès l’instant qu’elles chassent », assure-t-elle. Car une fois le permis en poche, elle constate que ses collègues n’ont de cesse de lui offrir aide et conseils. « J’ai aussi la chance d’être dans une société de chasse où les mecs sont assez ouverts d’esprit et où ils se rendent compte que la chasse a évolué. »



« La forêt appartient à tout le monde ! »



Les mentalités aussi, à en croire la jeune femme : « si je pouvais aller à la chasse, comme je vais à la pêche en « no kill », tirer et que l’animal reparte en courant, je serais tout aussi contente. » Prônant une mission environnementale de régulation des espèces et soucieuse d’une chasse « sélective », elle a une vision catégorique de son rôle fusil en main. « Le but n’est pas de tirer dans le tas ou sur la première bête qui se présente mais bien de cibler selon les consignes de chasse », affirme-t-elle.



Qu’elle ramène ou non du gibier, qu’elle cuisinera d’ailleurs le plus souvent pour l’appréciation de sa famille où les 4 ados préfèrent les terrines que les rôtis, Anne-Lise chassera en terres aindinoises uniquement auprès de son conjoint. « Je ne chasserai pas sans lui, ça c’est sûr ! » Et dans le partage du territoire. « La forêt appartient à tout le monde. La chasse est délimitée, les promeneurs peuvent être surpris par un chien qui court derrière un gibier, c’est tout », conclut Anne-Lise. 



Du côté de Peyriat, celui-ci répondra peut-être du nom de Peppa, Malou, Norman ou Loki…


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